Éco-habitat : vers un habitat durable

Dans un contexte d’urgence climatique, architectes et ingénieurs du bâtiment repensent l’habitat dans ses moindres contours. Leur objectif ? Impacter le moins possible sur l’environnement. Sébastien Clert, directeur de la Transition Environnementale du groupe Patriarche, nous éclaire sur les grands enjeux et défis de cette transition à relever aujourd’hui comme demain.

Texte : Alice Morabito

 « L’impact écologique du secteur du bâtiment sur le dérèglement climatique étant très important, les projets développés doivent apporter une réponse sur trois axes : l’énergie, le carbone et la résilience.

 

Car si les bâtiments avaient auparavant un caractère local et s’inscrivaient dans une dimension au plus proche de nous, nous avons oublié depuis une cinquantaine d’années. Or, nous revenons à cette approche », explique Sébastien Clert, directeur de la Transition Environnementale du groupe Patriarche.

Conséquence ? La nécessaire révision des méthodes de travail et de construction, mais aussi des solutions techniques apportées. Une démarche bien ancrée dans l’ADN de l’agence qui, dès les années 70, sous la houlette de Bernard Patriarche (son fondateur), concevait des habitats solaires. Basée entre Paris et Le Bourget-du-Lac, le groupe, qui compte aujourd’hui 150 architectes et autant d’ingénieurs, a d’ailleurs mis en œuvre une charte de transition environnementale dédiée à l’urbanisme et au bâti.

 

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 Les énergies : du passif au positif

Sur la question énergétique donc, exit désormais les passoires thermiques. La conception de bâtiments performants et peu énergivores est bien devenue une évidence, comme celle, qui se répand de plus en plus, de bâtiments produisant eux-mêmes leur énergie – les bâtiment dits à « énergie positive » – grâce, par exemple, à l’utilisation de panneaux solaires thermiques (le rayonnement solaire crée des calories pour chauffer l’eau) ou voltaïques (il crée alors de l’électricité).

« Le bâtiment idéal pour préserver l’énergie est l’igloo… d’un point de vue technique bien sûr !, explique Sébastien Clert.

Évidemment, ce modèle n’étant pas transposable dans notre habitat, nous devons prendre en compte aussi bien son aspect thermique que physique : comment la paroi capte la chaleur et la restitue, son exposition et son implantation sur une parcelle par rapport aux vents, aux rayons du soleil… »

 C’est pourquoi l’axe énergétique est devenu central dès les années 70, suite aux chocs pétroliers qui ont fait trembler l’économie mondiale en 1973 et en 1979, avec une réglementation de plus en plus pointue depuis les années 80 et des RT (Règlementation Thermique) successives. Jusqu’aux Accords de Paris en 2015 qui prévoient la transition vers une économie bas-carbone avec une neutralité en 2050. D’où le second axe, essentiel, ayant trait au carbone.

 La neutralité carbone 

« Un bâtiment existe avant d’être construit mais aussi après. Le fait qu’il soit peu énergivore est très bien mais pas suffisant. D’ailleurs, le volet « énergie » d’une maison passive représente 50 % de son cycle de vie, les 50 % restants relevant du volet carbone. C’est pourquoi les matériaux utilisés, leur traçabilité et leur poids carbone sont cruciaux.

 

L’idéal serait, bien sûr, la maison en paille des trois petits cochons. Il est donc nécessaire de recourir à des matériaux bio-sourcés comme le bois français ou provenant de pays voisins proches, car nous devons nous interroger sur « l’avant » d’un bâtiment, pour le construire, ainsi que « l’après », c’est-à-dire comment le démolir ou le réaffecter… surtout avec la problématique de densification urbaine. »

Du coup, les ingénieurs calculent tant l’énergie nécessaire à construire un bâtiment qu’à le démolir… l’idée étant d’être au taux carbone le plus bas possible. Concrètement ? Descendre en dessous de 1 tonne de carbone par mètre carré puis à 0,6 tonne. Sachant que pour une construction moderne de plusieurs étages avec une structure en en béton et en verre, le bilan est de 1,5 à 2 tonnes carbone par mètre carré.

Traduction ?

« Cela signifie rompre avec le béton et le métal, et recourir au bois dans la structure des bâtiments, poursuit Sébastien Clert. D’ailleurs, à l’échelle européenne, il n’y a jamais autant eu de surface forestière, le tout étant de savoir comment on l’exploite.

 

L’idée est donc qu’il n’y ait pas de déchets et que tout serve à la construction mais également à l’ameublement. En France, nous avons un très beau potentiel de résineux comme les chênes, les hêtres, les bouleaux, pourtant peu exploités à ce jour. ».

Sans omettre le recours aux isolants naturels, plutôt issus du végétal comme la fibre de bois, le chanvre, la paille, le liège (qui se renouvelle) ou encore des isolants d’origine animale (plus adaptés à des constructions individuelles) comme les plumes d’oie et de canard.

Penser l’« après » des bâtiments : la résilience

Qu’il s’agisse de maisons individuelles, de bâtiments collectifs ou d’usines, l’objectif est de penser d’emblée à leur modularité, eu égard aux évolutions de la vie de famille ou de l’affectation de certains locaux ou sites.

« Il est primordial de réfléchir à comment les bâtiments accueilleront de nouveaux usages, sans devoir tout casser, le bilan carbone comme la gestion des déchets étant très lourd. Dans 50 ans, les bâtiments devront être modulaires et déconstructibles, ce que permet notamment le bois qu’on peut « déboulonner », contrairement à la pierre ou au béton.

 

En fait, il faut revenir au bon sens paysan qui prônait déjà une architecture bioclimatique. La nature et l’environnement nous fournissent ce dont nous avons besoin or, les progrès technologiques nous ont fait oublier le bon sens pour construire dans des zones trop froides ou trop chaudes, humides, inondables… »

La notion de résilience intègre donc comment, après une situation traumatique, dont les risques naturels (inondations, sècheresse…), on reconstruit ou l’on fait face pour revenir rapidement à un état naturel. Sans perdre de vue la question de la santé, les bâtiments devant nous protéger et non pas générer de la pollution… comme cela a pu être le cas avec l’amiante ou certaines fibres.

« Les bâtiments doivent être capables d’évoluer dans le temps mais aussi face aux changements environnementaux tout en protégeant ses occupants. C’est une priorité. »

D’où l’importance, pour Sébastien Clert, des matériaux mis en œuvre et leur « séparabilité », histoire d’être facilement enlevables. En somme, des bâtiments à monter et démonter comme le serait un Lego XXL, en bois et local s’il vous plaît, que l’on pourrait réaffecter et recycler comme un jeu d’enfant… ou presque.