La transition énergétique des stations

Urgence climatique, raréfaction du foncier et des ressources énergétiques, problématique des lits froids … Face à ces multiples enjeux, les acteurs de la montagne doivent repenser la gestion de leur patrimoine bâti. En ligne de mire, la question de la rénovation, ET donc les constructions des années 1960 à 1980 qui ne sont plus adaptées en termes de confort et de consommation énergétique. Les solutions ?

Texte Alice Morabito. Illustration Mr TADEF – PAYS MERVEILLEUX

La règle d’or d’une bonne rénovation thermique ?

« Avoir une analyse fine de l’existant en sachant ce qu’il est pertinent de conserver ou de détruire », explique Marc Miginiac, architecte de l’agence Studio Arch qui a signé une foule de superbes projets en altitude tel l’Altapura et qui, pour l’heure, travaille sur la rénovation de l’hôtel Marielle à Val Thorens. « Car si le diagnostic initial est mal orienté, poursuit-il, cela coûte plus cher au final qu’une construction neuve. »

Des énergies et matériaux biosourcés

La question de l’énergie est essentielle et passe par une amélioration de l’enveloppe du bâtiment en l’isolant le mieux possible par l’extérieur afin de limiter les ponts thermiques, mais aussi par un meilleur chauffage du bâtiment même.

« La qualité de vie des habitants et des usagers est tout aussi cruciale, avec des logements adaptés à leurs usages », explique Marc Miginiac.

Les usages ont beaucoup évolué, avec des demandes d’appartements plus spacieux et plus confortables en termes thermiques et acoustiques.

« La qualité des matériaux, biosourcés et locaux de préférence, mais aussi intéressants sur le plan de la qualité de l’air et peu émetteurs de carbone dans leur fabrication, est très importante », achève-t-il.

Atouts que les chalets traditionnels de montagne possédaient de facto, avec leur soubassement en pierre et leurs étages en bois. Aussi, depuis quelques années, nombre de bâtiments, initialement en béton, ont été, en plus d’être isolés par l’extérieur, parés de pierre et de bois afin de mieux s’intégrer dans le paysage. Car si les constructions « modernes » font la valeur de certaines stations – comme celles des Arcs ou de Flaine –, il n’en va pas de même pour toutes.

À l’Alpe d’Huez, beaucoup de bâtiments ont donc été reliftés depuis une dizaine d’années avec des matériaux locaux, troquant leur peau de béton contre un habillage plus local, de pierre et de bois notamment, auxquels le verre et l’inox viennent se combiner parfois.

La nouvelle réglementation thermique (RT 2020) va en ce sens, valorisant de plus en plus les produits locaux. Sans oublier une prédilection pour les énergies renouvelables, comme les panneaux thermiques et photovoltaïques.

Construction remarquable

Plus grand bâtiment 100 % bois de Haute-Savoie, le Saint-Alban Hôtel & Spa de La Clusaz, 4*, fait figure de précurseur.

Les raisons ?
Matériau durable par excellence, son bois, biosourcé, est de provenance locale.

Résultat ?
Un bâtiment au bilan carbone faible, tant dans sa construction que dans son exploitation. Cet hôtel de 48 chambres, pourvu d’un spa Nuxe avec piscine intérieure, du haut de ses 6 étages hors sol, dressé en moins d’un an, a été entièrement construit en bois, des planchers aux murs en passant par les cages d’escaliers et d’ascenseurs. Comme l’explique Romain Trollet, directeur-fondateur d’Assas Hotels :

« Depuis quelques années, nous vivons dans la problématique de construire bien et dans un délai raisonnable. Aussi, nous nous sommes dit que la construction bois était une bonne solution. »

500 murs de bois

Une idée qui lui est venue en allant à l’opéra de Genève qui, le temps de sa rénovation, avait fait construire un projet éphémère alliant esthétique et sobriété mais aussi facilement démontable, permettant une remise rapide en l’état du terrain.

Aussi, dans cet hôtel, nulle trace de placo ni de peinture, seulement du bois, ouvragé et rehaussé par endroits de cuir, de zinc et de quelque 30 000 livres de poche à dévorer. Évidemment, les soubassements sont en béton, mais pour le reste, ce sont quelque 500 murs de bois qui ont été façonnés en région puis montés sur place comme un Lego géant.

Du 100 % local, des essences aux granules de chauffage en passant par les intervenants, l’hôtel ayant été conçu par des artisans locaux dont le constructeur bois Roux à Magland, et le bureau d’ingénieurs et designers bois Charpente Concept. Bref, le vrai luxe durable.

Faire adhérer les copropriétaires

Et si la rénovation des bâtiments hôteliers et des résidences de tourisme est pilotée par un maître d’ouvrage unique, il en va différemment des copropriétés.

Comme l’explique Sylvain Charlot, responsable du pôle ressource « Réhabilitation & remise en tourisme de l’immobilier de loisir en montagne » chez Atout France, agence de développement touristique de la France :

« Il faut garder à l’esprit que lorsqu’on parle de rénovation énergétique, on doit prendre en compte le point de vue des propriétaires et celui de la destination touristique. Car les propriétaires cherchent à rénover afin de valoriser leur patrimoine pour en avoir un meilleur usage ou le louer plus facilement. Les destinations touristiques, elles, ont besoin de proposer des “produits” de meilleure qualité afin d’améliorer leur image. Aussi, si on veut agir sur ce sujet, il faut faire converger ces deux pôles d’intérêts qui peuvent parfois être différents. »

La difficulté ? Les copropriétaires doivent adhérer dans leur ensemble à une vision de la destination touristique comme de véritables acteurs économiques de la station, au même titre que le syndicat de copropriété, mais aussi que la commune et les acteurs du tourisme, participant tout autant au renouveau de leur station.

Opter pour des rénovations globales

 

 

« Les syndicats de copropriété sont souvent pris dans la gestion courante des bâtiments et n’ont pas toujours une vision globale de l’avenir d’une destination. C’est pourquoi les collectivités les aident à structurer différentes formes d’accompagnement afin de valoriser les biens. »

Or, la rénovation énergétique d’un immeuble concerne 80 % de celui-ci, rénovation devant être votée en assemblée générale (à la majorité simple, absolue, à l’unanimité…), les 20 % restants concernant les parties meublées, c’est-à-dire privatives.

Le levier du changement passe donc en grande partie par les rénovations globales.

« Pour ce faire, on doit réinterroger l’immeuble dans son organisation, ses parties communes, ses espaces collectifs… Il s’agit d’une réflexion globale sur la copropriété qui doit intégrer les réponses à toutes les problématiques touristiques d’aujourd’hui. »

Les communes ont donc mis en place différents outils d’accompagnement en vue d’aider les copropriétaires et les syndics.

Il faut garder à l’esprit qu’il n’y a pas de crédit d’impôt ni de défiscalisation pour les résidences secondaires.

« Les travaux de rénovation ne sont pas une finalité mais un besoin qui doit venir répondre aux attentes de la clientèle d’aujourd’hui mais aussi aux enjeux des stations de demain, car le retour sur investissement d’une rénovation globale se fait sur le long terme », conclut Sylvain Charlot. Des enjeux dont les élus locaux ont pleinement conscience et que les syndicats et propriétaires doivent désormais intégrer dans leur projet immobilier.

Focus sur 6 outils d’accompagnement

1/ Le dispositif Coachcopro, plateforme d’accompagnement des copropriétés à l’écorénovation : un assistant en maîtrise d’ouvrage accompagne la copropriété et le syndic dans leurs démarches, faisant le lien avec la collectivité locale sur les réflexions et les travaux à effectuer. Dispositif choisi récemment par l’Assemblée du pays de Tarentaise-Vanoise (APTV).

2/La participation financière des communes : elle peut aussi bien concerner les audits (vallée des Belleville) que la réalisation des travaux énergétiques (Alpe d’Huez).

3/ Les opérations de rénovation de l’immobilier de loisir (ORIL) : des aides financières pour les particuliers engageant des travaux de rénovation énergétique sous réserve d’un certain taux d’occupation.

4/ Au niveau régional : la région Auvergne-Rhône-Alpes a mis en place, dans le 2e volet de son « plan Montagne » dédié à l’immobilier de loisir, une aide doublant l’aide financière de la commune lorsqu’une ORIL est instaurée.

5/ Information, classement des meublés de tourisme, contrôle des travaux, mise en relation avec les artisans, etc. : l’accompagnement des propriétaires peut prendre de multiples formes comme aux Arcs, où la commune des Arcs-Bourg-Saint- Maurice, l’exploitant du domaine skiable (ADS) et l’office du tourisme (AB Tourisme), ont mis en place le service Référence Les Arcs.

6/ La prime énergie : applicable à tous les logements, dont les résidences secondaires, que l’on soit propriétaire ou locataire, cette prime, cumulable avec d’autres aides, incite les particuliers à réaliser des économies d’énergie. Avant de signer son devis avec un artisan RGE (reconnu garant de l’environnement), on se rend sur le site « primesenergie.fr » pour faire une demande en ligne. Le montant de la prime est donné en fonction des travaux envisagés et des revenus. Les travaux achevés, après envoi d’un justificatif, on reçoit la prime en euros.

Une bonne alternative ?

La surélévation des bâtiments permet aux copropriétaires de négocier avec le promoteur comme, par exemple, la prise en charge par ce dernier des frais de rénovation de l’immeuble en échange de sa surélévation.

Comme l’explique Sylvain Charlot : « On développe alors la station sur la station. Les toitures plates et papillons des années 1970 sont idéales pour cela, comme l’utilisation du bois, qui permet de ne pas surcharger la structure initiale. »