L’immobilier de montagne, plus que jamais une valeur refuge

L’année 2020 avait démarré tout schuss pour l’immobilier de montagne.  Juste après une année 2019 exceptionnelle. Certaines agences immobilières n’avaient plus de biens à vendre en mars quand tout s’est arrêté brutalement à cause du Covid. Comment le marché réagit depuis le déconfinement ? À quoi faut -il s’attendre ? Explications de Jean-Jacques Botta , président de la Fédération nationale de l’immobilier Savoie Mont Blanc.

Propos recueillis par Patricia Parquet. Illustration Mr.Tadef – Pays Merveilleux

En Isère et dans les Hautes-Alpes

En Isère, les notaires ne sentaient pas de baisse de l’immobilier dans les stations au mois de juillet, mais ils restent prudents quant aux six mois à venir.

« Avec la crise du Covid, je ne vois pas de baisse, mais il est trop tôt pour le savoir » nous précise Me Dubois, notaire et membre de l’observatoire de l’immobilier.

À Serre-Chevalier, les professionnels de l’immobilier sont contactés par de nombreux futurs acquéreurs, mais ils avaient peu de biens à la vente. Les taux bancaires ont remonté. Les banques ont durci l’octroi des prêts. Certains propriétaires préfèrent conserver leur bien… et attendre des jours meilleurs.

Depuis le mois de mai, date du déconfinement, est-ce que la demande de biens immobiliers en montagne a baissé ?

« La demande reste stable même si pendant la période de confinement les sites immobiliers ont enregistré un afflux important de visites : les Français avaient plus de temps pour regarder les biens. Il est un peu tôt pour donner des réponses définitives, mais il n’y a pas de baisse de la demande. Nous pensons même atteindre le même niveau qu’en 2019 à même date. »

Faut-il s’attendre à une baisse des prix ?

« L’offre de biens immobiliers étant faible, les prix peuvent difficilement baisser. Nous sommes typiquement sur un marché de vendeurs. Le taux de négociation en général se situe en-dessous de 3 % et en montagne, il est encore plus bas.

Le marché immobilier de montagne est particulier : les vendeurs ne sont pas dans l’obligation absolue de vendre rapidement, contrairement à une résidence principale. Quand il y a une tendance à la baisse, les vendeurs préfèrent attendre un peu avant de vendre ou retirent leur bien de la vente. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. »

Avez-vous enregistré une hausse des ventes de biens immobiliers dans les stations de charme à deux heures des grandes villes ?

« Nous ne constatons pas d’engouement particulier pour des résidences secondaires à deux heures des grandes villes pour la Savoie et la Haute-Savoie. C’est trop tôt pour le dire. »

Le Brexit, quelles conséquences sur les investisseurs britanniques ?

« Nous craignons plus le Covid que le Brexit ! En janvier prochain, sous réserve qu’il n’y ait pas une nouvelle crise sanitaire, nous aurons les premiers effets du Brexit. Les Britanniques ont beaucoup investi avant l’annonce du Brexit dans les Alpes françaises et la zone euro. Le Covid est venu mettre un couvercle là-dessus et nous voyons moins ce qui se passe dans la marmite.

Le marché britannique ne disparaîtra pas complètement car les stations savoyardes ont historiquement un pouvoir attractif important sur cette clientèle. Nous croisons les doigts pour que Londres ne se confine pas début décembre ; ce serait inquiétant pour nos économies de montagne. »

La conjoncture est-elle favorable à un achat immobilier en montagne ?

« Oui, car les taux bancaires restent intéressants. Si j’ai de l’argent à placer, où l’investir ? Dans la pierre et pas en bourse. La montagne a son rôle à jouer dans le placement sécuritaire et plaisir. La crise sanitaire nous a fait prendre conscience que la notion de plaisir n’est pas à négliger.

J’ai bon espoir pour le marché de la résidence secondaire en montagne car s’il y a un investissement plaisir, c’est bien celui-ci. »

Cet été, les Français ont été plus nombreux à fréquenter les villages de montagne.

Ont-ils eu envie d’investir dans une résidence secondaire ?

« Cet été, les propriétaires de résidence secondaire à la montagne ont beaucoup plus loué leur logement que les autres années. Ce qui est nouveau : la demande de séjour longue durée. Les vacanciers ont été nombreux à séjourner 15 jours voire trois semaines. Ce qui est rare en montagne sauf pour les passionnés. Nous avons vu ce phénomène nouveau apparaître : de vrais séjours à la montagne cet été. »

À quelle période les acquéreurs se manifestent-ils ?

« Les investisseurs attendent souvent l’automne pour acheter un bien. »

Êtes-vous confiant pour les mois à venir ?

« L’année 2020 avait très bien démarré. Elle annonçait un marché immobilier particulièrement dynamique avec des transactions nombreuses, des prix élevés et des taux d’intérêt bas. Tout le monde s’accorde à dire que les conséquences de la crise sanitaire se feront sentir cet automne.

Nous verrons plus clair à la mi-octobre sur l’évolution du marché. Quoi qu’il en soit, la valeur refuge pierre est encore plus évidente aujourd’hui qu’hier. »